Tentative de navigation commerciale, voilà trente ans


Le 1er juillet 1985, le préfet de Maine-et-Loire avait prescrit une enquête hydraulique concernant l'ouverture à la navigation du bras des Lombardières. A titre indicatif, en aval du bec de Maine, l'île de Béhuard partage la Loire en deux bras : celui de la Guillemette, en rive droite et celui des Lombardières, sur la rive gauche. La navigation commerciale des navires pétroliers jusqu'à Bouchemaine s'effectuait, sans difficulé, par le bras de la Guillemette alors pourquoi ce changement de bras navigable ?
L'histoire mérite d'être rappelée.
Dans la partie aval, il y avait une entreprise, La Ligérienne, qui avait en charge la livraison de charbon à la centrale de Cordemais et dont le cahier des charges l'obligeait à disposer de deux bateaux pousseurs pour garantir l'approvisionnement si l'un d'eux tombait en panne. Du côté amont, il y avait la Chambre de Commerce et d'Industrie d'Angers, encouragée par le Directeur de la Sté des Pétroles de l'Ouest, qui ne rêvait qu'au développement de la voie fluviale de Saint Nazaire à Angers. A cette époque, la Sté des Pétroles de l'Ouest, qui avait fait construire en 1981 le "Glorex" chaland pétrolier de 70 m de long, 9 m de large et 1300 t en charge, faisait la navette, aussi régulièrement que les conditions hydrauliques le permettaient, entre Donges et Bouchemaine.
L'idée était donc d'utiliser le pousseur de secours de La Ligérienne, attelé à des barges, pour passer du rêve à la réalité. Le problème était qu'il n'y avait d'utilisables que des barges de 1500 t et qu'il en fallait deux pour assurer la rentabilité du service. Un pousseur et deux barges de 1500 t mesurent 170 m de long et la sinuosité du bras de la Guillemette ne permettait pas le passage d'où la nécessité d'adopter un nouvel itinéraire.
Selon le principe éternel du "il n'y a qu'à" l'idée d'abandonner le bras de la Guillemette et d'adopter le bras des Lombardières pour la voie navigable a vu immédiatement jour.
Les trois compères (Ligérienne – Chambre de Commerce et Pétroles de l'Ouest) ne cessaient d'affirmer que "l'intérêt économique de la voie d'eau, ses retombées sur la collectivité, sont évidents" et qu'il convenait de passer à la réalisation dans les meilleurs délais. A la question posée par le maire d'une commune riveraine concernant l'absence d'une étude économique globale justifiant les travaux envisagés il fut répondu que les études avaient été réalisées et que 40 mouvements envisagés annuellement apparaissaient crédibles, sans toutefois préciser ce qui serait transporté. L'engagement des trois promoteurs était d'autant plus volontariste qu'il ne leur en coûtait rien car les travaux étaient à la charge des finances publiques.
Deux communes concernées par le projet ayant émis, contre toute attente, un avis défavorable, le dossier a dû être soumis au Conseil d'Etat avant prise d'un décret ministériel autorisant les travaux.
Les travaux furent réalisés, le bras de la Guillemette obturé par une chevrette avec pour conséquence un abaissement considérable de son niveau d'eau et des problèmes sérieux pour la prise d'eau potable de Savennières. Un convoi expérimental de deux barges vides a permis de vérifier que la manoeuvrabilité était possible avec le nouvel itinéraire puis ensuite, plus rien….parce qu'il n'y avait rien à transporter.

Triste histoire.

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