Plan de gestion Val de Loire UNESCO


L’Etat, qui et responsable devant l’UNESCO de la gestion de ses sites labellisés, a engagé, en début d’année 2010, le processus d’élaboration d’un plan de gestion. Cet important projet (près de 200 pages) a été diffusé aux collectivités territoriales concernées par l’inscription.Les associations pouvaient aussi apporter leur contribution, ce que n’a pas manqué de faire la Sauvegarde de la Loire angevine en adressant ses éléments de réflexion au Direteur de la DREAL de la Région Centre, coordonateur de l'élaboration de ce plan de gestion.

"Monsieur le Directeur de la DREAL Région Centre,

Suite à notre demande, Monsieur le Sous-Préfet de Chinon, par lettre en date du 24 juin dernier, nous a invité à vous faire part des observations que suscitait le projet de Plan de gestion du Val de Loire UNESCO. Avec un léger retard, que je vous prie de bien vouloir excuser, je vous adresse, ci-joint, la contribution de La Sauvegarde de la Loire Angevine.Ce plan de gestion répond à une longue attente de notre part et nous avons apprécié la détermination de l'Etat pour qu'il soit rédigé avec célérité. La forte implication de ses Services a contribué manifestement à ce qu'il en soit ainsi ; une grande partie de ce document, par la qualité de son contenu tant du point de vue du fond que de la forme, en est le témoin.

Par-delà notre contribution, centrée uniquement sur le projet de plan de gestion, la mise en œuvre de celui-ci va nécessiter des procédures et des méthodes de travail nouvelles qui restent à imaginer et le dispositif de gestion actuellement mis en place semble devoir être amélioré.

- La Conférence territoriale Val de Loire, patrimoine mondial, de par sa composition, est le meilleur garant des grandes orientations à mettre en œuvre.

- Le Comité de développement Val de Loire, patrimoine mondial fonctionnerait dans le cadre de rendez-vous annuels et de groupes de travail thématiques. Il s'agit là d'une douce utopie. Pour avoir assisté à tous les rendez-vous, et c'est un avis partagé par bien d'autres participants, il s'agit de "grandes messes" où une place prépondérante est laissée à des interventions, parfois de haut niveau, qui n'appellent pas de débats. Les ateliers thématiques ne laissent place qu'à deux ou trois interventions, sans lendemain. En conclusion, il s'agit de rencontres plus spectaculaires que constructives. Ce n'est en aucune façon une force de réflexion et de proposition susceptible d'exercer un rôle consultatif auprès de la Conférence territoriale.

La Mission Val de Loire est l'organe opérationnel sous l'influence quasi exclusive des collectivités locales dont une préoccupation première est économique. Ceci explique, en partie, la dérive touristico-économique de ses préoccupations liées, en outre, à une propension à vouloir tout régenter en lieu et place des acteurs sectoriels.

La Valeur Universelle Exceptionnelle du Val de Loire inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO résulte du travail des hommes au cours de l'Histoire, il nous appartient de veiller à ne pas dégrader tout ce qui en fait sa valeur universelle et de faire en sorte qu'il continue d'évoluer à l'image de notre société mais avec le souci de l'excellence. Telle devrait être l'essentiel de la mission Val de Loire : être le gardien d'un trésor sans être le gardien d'un musée.

Ces propos ne sont pas exhaustifs et n'ont pour ambition que d'être des éléments de réflexion en faveur de l'évolution de la gouvernance de la gestion du Val de Loire patrimoine mondial de l'UNESCO car la mise en œuvre du plan de gestion nécessite de tenir compte des insuffisances passées pour imaginer une méthode de travail et des outils de gestion mieux adaptés donc plus efficaces."

La gestion  du périmètre du Val de Loire inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO est  donc une de nos préoccupations depuis dix ans  et explique les raisons qui nous ont conduits à formuler les avis et observations ci-après concernant ce projet qui est chargeable ici

Objectif 3.2.1 : préserver les paysages jardinés liés aux cultures spécialisées

Page 51, il est fait mention, avec juste raison, de " l’apparition de serres aux dimensions de plus en plus importantes, conduisant à une industrialisation et une urbanisation des paysages agraires traditionnels" mais, dans les propositions d'actions, il n'est pas fait mention de démarche à adopter pour en minimiser la perception. Une étude paysagère serait à tout le moins nécessaire, à partir d'une certaine surface de serres.

Objectif 3.2.5 : intégrer les bâtiments agricoles

La description des menaces est pertinente mais les propositions d'actions sont un peu légères. Ces bâtiments, bien que soumis à permis de construire, résultent souvent d'une conception stéréotypée et parachutée, sans prise en compte du contexte paysager et sans maîtrise d'œuvre compétente. Il conviendrait que, lors de l'instruction du permis de construire, celui-ci soit systématiquement soumis à l'avis du CAUE.
D'une manière générale, pour les constructions sans recours à un architecte, la consultation du CAUE devrait être systématisée.

Objectif 3.4.5. Concilier nouvelles constructions et patrimoine ligérien

Dans les propositions d'action, page 89, il est écrit : " Plus que l’architecture de la maison c’est la manière dont elle est implantée par rapport aux voiries existantes…". La formule est un peu réductrice, il serait préférable d'adopter : "Outre l'architecture…"

Objectif 3.6.3 Gérer et maîtriser la publicité extérieure

La rédaction de ce sous-chapitre ne présente pas la rigueur et l'homogénéité rédactionnelle des précédents
L'identité est formulée en terme de conclusion. Une formulation du genre "Le val de Loire, comme toutes les régions, est soumis à une forte pression publicitaire qui se traduit par la prolifération de panneaux et autres signaux implantés sans considérations paysagères" serait préférable.
Concernant les propositions d'actions, celles à retenir en priorité semblent devoir être les trois dernières, les deux premières n'étant que phraséologie, soit :

- Traduire les objectifs de la Charte d’excellence en matière de publicité extérieure pour le Val de Loire dans les Règlements Locaux de Publicité ;
(Collectivités, Mission Val de Loire, services de l’Etat, professionnels, associations)

- Mettre en place un Plan de contrôle, veillant au respect de la réglementation (nationale et locale), en mobilisant l’ensemble des services concernés
(Services de l’Etat, Collectivités, Mission Val de Loire)

- Rappeler et appliquer la réglementation dans les espaces protégés (monuments historiques, sites classés)
(Services de l’Etat, Mission Val de Loire)

Orientation 3.7 : Organiser un tourisme durable préservant la qualité des paysages

Pour le titre, il serait plus judicieux de ne pas se limiter au seul aspect paysage en adoptant "……préservant les valeurs patrimoniales et paysagères du site".

La longue analyse du poids économique du Tourisme (page 116) est un bilan économique partiel (région Centre) de cette activité et n'a pas lieu d'être dans un plan de gestion.
L'inventaire des menaces pourrait avantageusement être plus synthétique, comme c'est le cas pour tous les autres chapitres du projet de gestion.
Concernant les objectifs 3.7.1 – 3.7.2 et 3.7.3. il serait souhaitable, là aussi, de synthétiser un peu plus. Chaque action proposée doit l'être en termes d'orientations et non de stratégie comme cela apparaît trop souvent.
En conclusion, le chapitre 3.7 apparaît trop consacré "au développement du tourisme en val de Loire". L'inscription du Val de Loire au patrimoine UNESCO n'a pas pour but de développer le tourisme et la vraie question, qui se pose aussi pour d'autres sites, est comment faire en sorte que le développement du tourisme, induit par le classement UNESCO, ne porte pas préjudice aux valeurs patrimoniales et paysagères qui ont justifié l'inscription.

4.1 Mettre en oeuvre de nouvelles protections réglementaires

 4.1.3. Planifier et mettre en œuvre de nouvelles protections.
Dans le premier alinéa est citée, avec juste raison, la politique engagée en Maine-et-Loire. A ce jour, sur les cinq entités paysagères retenues, quatre ont déjà fait l'objet d'un classement et non pas trois, comme mentionné dans le texte.

4.2 Intégrer les enjeux paysagers dans les politiques publiques d'aménagement du territoire

Chapitres 4.2.1 et 4.2.2. Il s'agit essentiellement d'actions qui se situent à l'intérieur du Domaine Public Fluvial, donc sous la Maîtrise d'Ouvrage des services de l'Etat. Il est donc nul besoin d'instruments réglementaires pour s'imposer des règles à suivre avant toutes interventions dans ce périmètre.
Le troisième alinéa du paragraphe 4.2.1 est, à ce sujet,  explicite et nous y souscrivons pleinement.
Par contre, et par expérience, l'étendue du D.P.F. est une notion particulièrement floue, et son périmètre est souvent inconnu, y compris au sein des Services de l'Etat. Il serait donc utile qu'une cartographie du Domaine Public Fluvial soit réalisée. Seuls les Services de l'Etat sont responsables du D.P.F. et il serait utile que cela soit porté à connaissance.

Chapitre 4.2.5.

Le principe de saisir la Commission de la Nature, des Paysages et des Sites pour un certain nombre de documents d'urbanismes ou de projets d'importance (y compris des permis de construire) est à mettre en œuvre sous forme d'une circulaire d'application pour que cela ne reste pas lettre morte. Bien que cela risque d'augmenter considérablement la charge de cette commission cette procédure apporte la garantie d'un avis formulé sur la base de la diversité de ses membres qui font toute la richesse de celle-ci .

Chapitre 4.3.1 et 4.3.2

L'analyse des menaces et les propositions d'actions sont particulièrement pertinentes. Il reste à examiner comment ces dernières seront fidèlement prises en compte par les Services de l'Etat, gestionnaire du D.P.F. car les aspects paysagers et patrimoiniaux font rarement partie de leur culture de base.

Chapitre 4.5.

Dans le cadre de l'évaluation régulière du plan de gestion, la création d'un observatoire photographique est un outil efficace car il permet d'apprécier visuellement les évolutions. Il faut, pour cette efficacité, que les photographies initiales de référence  s'attachent particulièrement à mettre en évidence l'inacceptable car rien n'est plus pédagogique que les mauvais exemples et leur amélioration ultérieure.

CONCLUSION GENERALE

Ce projet de plan de gestion a retenu toute notre attention par la grande valeur de son contenu, à l'exception de l'orientation 3.7. qui mériterait d'être améliorée.
Globalement, ce plan de gestion correspond à une attente que nous n'avons pas cessé de formuler depuis de nombreuses années et dont la finalité est clairement indiquée dans le préambule de celui-ci (page 3, quatrième alinéa) : "Le plan de gestion du paysage culturel du Val de Loire a pour objectif la préservation des valeurs patrimoniales et paysagères dans l’occupation, l’organisation et l’aménagement de son territoire".
L'emploie constant et abusif du mot valorisation se trouve ainsi compensé par la notion de gestion (en bon père de famille) mettant en œuvre les outils existants et définissant une stratégie générale qui devra s'imposer à tous.

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