Etrange créature en Loire : la Pectinatella


Signalée en Loire, entre le bec de Maine et Béhuard dans les eaux chaudes des pièges à sables, au cours des étés 2010,2011 et plus récemment en 2012, cette “chose”, pouvait être confondue avec un sac plastique flottant entre deux eaux. Cette masse molle, gélatineuse, en apparence inerte, est en réalité un conglomérat, qui se fait et se défait, d’organismes vivants qui répond au nom chantant de Pectinatella magnifica et décrit, en 1851, par Leydi aux USA.

Minéral, Végétal ou Animal ?

La question se posait ainsi aux naturalistes du XVIIIème ; certains y voyaient des concrétions minérales mais les distinguaient des coraux, d’autres y reconnaissaient des plantes présentant des fleurs à la manière des anémones de mer, parfois assimilés à des animaux par leur forme de méduses. Il convenait cependant de leur trouver un nom, pour bien les reconnaitre et les différencier des autres formes du vivant ; le terme retenu fut alors Bryozoaire qui vient de bruon : mousse et zôon : animal. Ces “animaux mousses”, bâtisseurs, parfois encroûtant, vivent en colonie dans les eaux marines ou douces, et pourquoi pas dans la Loire ?

Tous pour un, un pour tous…

Pectinellata appartient à un groupe de Bryozoaires dulcicoles. La colonie observée, dans sa forme estivale bien visible, est une masse sphérique de 10 à 15 cm, gélatineuse, laiteuse, blanc jaunâtre, flottante (phase de maturité ?). Elle est constituée de très nombreuses logettes, accolées, disposées en rosette (aspect peau d’orange en surface), chacune représente un individu. En fin d’été, les logettes s’assombrissent, libèrent des capsules (ou statoblastes, de moins de 1mm en général) flottantes : formes de résistance hivernale et de dispersion de la colonie qui meurt et se désagrège ensuite.
Au printemps, l’allongement des jours et le réchauffement des eaux entrainent la germination des capsules régénérant ainsi un nouvel individu qui par bourgeonnement engendre des individus filles qui, à leur tour bourgeonnent…..,la colonie est alors reconstruite et la pérennité de l’espèce assurée.

Des animaux plus évolués qu’il n'y parait !

L’individu fondateur est issu du bourgeonnement d’un statoblaste ou, au printemps, d’une zoécie, résultat de l’incubation d’un “œuf” (viviparie) qui libère une minuscule larve ciliée, évoluant rapidement en une colonie par bourgeonnement de paroi. L’individu est constitué de deux parties, une loge, le cystide, apte au bourgeonnement et, suspendu à l’intérieur par des muscles, le polypide ou “animal s.s”. Les avancées anatomiques sont liées : au tube digestif en U spécialisé dans la déglutition des proies (microphagie) ; à la présence d’une couronne (le lophophore) de tentacules rétractiles ciliés autour de la bouche, créant une dépression d’eau, attirant les aliments ; et très proche, sous cette couronne, l’anus et la chaine nerveuse.
Toutes ces innovations les éloignent donc des “Méduses” et les rapprochent des Vers annelés et des “Oursins”. Ils se situeraient à l’intersection de ces deux branches évolutives.

Adventice ou Invasive ?

Signalée à la fin du XIXème sur les bords de l’Elbe, elle sera observée en France, en 1994, dans le canal de Haute Saône, en 1998 dans la Saône et en Loire nivernaise. Cette lente migration semble s’être opérée essentiellement par voie d’eau (grands corridors fluviaux européens) et, par les vecteurs écailles-plumes-poils-pattes d’animaux transfrontaliers.
Les travaux de l’Onema ont mis en évidence l’expansion de cet organisme. Ce dernier est pourtant un bon indicateur de qualité des eaux puisqu’il n’aime pas la pollution. Il prospère juste dans des eaux assez chargées en nutriments. La prolifération de cette espèce serait liée à des printemps chauds et humides !

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